La ganterie millavoise vise l’Unesco

Les acteurs locaux s’organisent pour mener à bien ce projet

Objectif Unesco

Territoire d’exception, Millau l’est sans conteste. Après les Causses et les Cévennes, classés pour l’exception de leurs paysages culturels de l'agropastoralisme méditerranéen, c’est au tour de la ganterie millavoise de se rêver inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. Un parcours de longue haleine, déjà enclenché, pour voir la reconnaissance d’un savoir-faire de toute une filière. Toute comme la vivacité de la tradition agro-pastorale au fil des siècles et dans les dernières décennies, celle du cuir s’imbrique tout naturellement dans l’écosystème du territoire.

La filière cuir

Historiquement, le travail du cuir est lié à Millau et à son territoire. En témoignent les liens étroits entre les différentes filières qui gravitent autour de l’agropastoralisme. Agriculture et élevage ovin ont façonné les paysages. Au pays de Roquefort, le lait des brebis sert la fabrication du célèbre roi des fromages. Sur ces terres au fort caractère, à l’identité bien affirmée, la peau des agneaux du territoire va lui aussi acquérir une renommée internationale.

Une évolution au fil des siècles

L’âge d’or de la ganterie, qui emploie un nombre considérable de millavois(e)s et d’habitants du territoire, va voir l’émergence d’un savoir-faire d’excellence. Le gant de Millau va séduire à travers le monde, source de reconnaissance d’un artisanat de qualité mais aussi source de progrès social pour les travailleurs. A chaque époque sa mode et les comportements changent. Ces dernières décennies, le gant est un objet de haute-couture, porté par une certaine élite. Dans le show-business, les stars s’affichent avec des créations Made in Millau.

 


Pour l’Unesco, sont considérés comme patrimoine culturel immatériel « les traditions ou les expressions vivantes héritées de nos ancêtres et transmises à nos descendants, comme (…) les connaissances et le savoir-faire nécessaires à l’artisanat traditionnel ».

Une économie d’aujourd’hui


Aujourd’hui, la filière cuir en Aveyron, c’est une vingtaine d’entreprises, près de 400 emplois et pas moins de 40 millions d’euros de chiffre d’affaires. Une multitude de métiers composent la filière : tanneurs, bottiers, selliers, gantiers ou encore maroquiniers… Olivier Fabre,  praticien, par-ailleurs président de Maison Fabre, est partie prenante pour cette inscription à l’Unesco. C’est sous sa présidence, en 2015, que l’association Pôle Cuir Aveyron (avec la CCI Aveyron et la Communauté de communes Millau Grands Causses) a vu le jour. Pour le Millavois, la présence sur le territoire de tous les maillons de chaîne – de l’agropastoralisme à la transformation des matières naturelles et à la confection du gant – est quelque chose d’unique au monde.

Les acteurs locaux impliqués dans la démarche

La volonté d’inscrire la ganterie millavoise au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco n’est pas née de la dernière pluie. Dans les têtes depuis quelques années, en particulier celle d’Olivier Fabre, à l’initiative de la démarche, l’idée est désormais passée au stade d’action pour tendre vers la concrétisation en intégrant désormais toute cette chaine de fabrication. Trois acteurs s’engagent conjointement pour mener à bien cette démarche : la Ville de Millau, la Communauté de communes de Millau Grands Causses et le Pôle Cuir. C’est d’ailleurs dans ce sens qu’a eu lieu le recrutement de Nadia Bédar, chargée de mission, qui déjà lors d’une première visite de terrain en janvier 2018 avait apporté ses premières réflexions et orientations auprès d’Olivier Fabre et du Ministère de la Culture.

 

 

 

Fédérer, recueillir, sauvegarder

Loin d’être une novice dans le domaine, Nadia Bédar a déjà conduit un travail similaire. Elle était directrice du projet de candidature du Pays de Grasse pour ses savoir-faire liés au parfum. Inscription obtenue il y a peu après pas moins de dix ans de travail. Sur le territoire millavois et au-delà, Nadia Bédar doit fédérer les acteurs de la Peu et du Gant, les structures culturelles, scientifiques, des institutions nationales ou internationales, recueillir la mémoire de cette activité historique, proposer des mesures de sauvegardes adaptées. Le but est de réaliser un premier dossier d’inscription au patrimoine national, qui devrait avoir lieu avant la fin 2020. Une étape obligatoire et indispensable pour ensuite prétendre au classement de l’Unesco.
 

Une association dédiée au projet

En novembre 2019, l’Association de sauvegarde du patrimoine immatériel culturel du pays de Millau a été créée. Olivier Fabre, reconnu également pour son expertise de la Filière en est le président. La structure a pour vocation de coordonner la demande d’inscription à l’Unesco. Le poste de direction de mission, cofinancé par la Ville de Millau et la Communauté de communes, est désormais rattaché à l'association créée dans le cadre de la démarche de candidature. Le futur conseil d’administration de l’association représentera pour la première fois sur le territoire national, l’ensemble de la filière, de l’agropastoralisme à la connaissance transformation des matières naturelles, à l'art de confectionner le gant. C’est à lui que reviendra la responsabilité de se prononcer sur les actions de sauvegarde.

Mémoire collective

Même si la démarche de classement au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco peut s’étirer sur plusieurs années (comme ce fut le cas pour le classement des Causses et des Cévennes), nul doute que c’est l’enjeu final que les acteurs du territoire gardent en tête. Celui de la reconnaissance d’un savoir-faire millavois et occitan ancestral, une mémoire collective d’un patrimoine toujours vivant, local et artisanal. Une façon, aussi, de ne jamais oublier le tracé précis et presque d’orfèvrerie de toutes ces petites mains qui font vivre la ganterie…